Angelina_2017_1

Brésil : rencontre avec Angelina

Claire Morandeau a rencontré Angelina, invitée par une ONG pour présenter le projet Palma dans lequel elle travaille au Brésil. Voici un extrait de la présentation qu’elle a faite.

Bonjour

Pouvez-vous vous présenter  ainsi que votre organisation?

Je suis Angelina Freire du Brésil de l’État du Céara, dans la ville de Fortaleza. Je travaille à la Banque Palma qui est la première banque communautaire créée au Brésil.

Que pouvez-vous nous dire du projet dans lequel vous travaillez ?

La banque « Banco Palma » est une banque communautaire qui a été créée dans les années 80 dans la banlieue de Fortaleza sous le nom de « Conjunto Palma » par les habitant.es suite à de nombreuses luttes menées par la population. Les habitant.es avaient réussi à faire par eux-mêmes de nombreuses constructions, puis avaient quitté le quartier tout étant devenu trop cher pour eux dans ce quartier. C’est alors que l’association des habitant.es s’est réunie et a décidé de fonder une banque communautaire afin de les aider à renforcer l’économie locale et de faire en sorte que cette monnaie ne circule que dans le quartier.

Cette banque alternative fait des prêts pour que les habitant.es puissent ouvrir leurs propres commerces dans leur quartier. C’est ensuite, que la monnaie communautaire et sociale «la palma » a été créée. Cette monnaie n’a de valeur que localement. C’est avec la création de cette monnaie sociale que le commerce local a pu se développer. Les habitant.es se sont mis à faire leurs achats sur place dans le quartier et cela a bien fonctionné et fonctionne bien jusqu’à ce jour.

On a créé notre monnaie, certes avec beaucoup de difficultés, mais nous avons atteint notre objectif : renforcer l’économie locale. Jusqu’à aujourd’hui nous utilisons cette monnaie, qui a été la première monnaie sociale créée au Brésil. Cette idée a été dupliquée dans plusieurs états du Brésil. Aujourd’hui il y a 113 banques communautaires sur l’ensemble du territoire brésilien. Cette monnaie s’est modernisée et existe également sous forme virtuelle. Il y a même une application pour les téléphones portables, toujours avec la même méthodologie de travail, en lien avec le territoire dans le cadre de l’économie sociale et solidaire. La banque Palma continue de travailler localement. La question de l’économie sociale et solidaire a toujours été primordiale. On peut même dire que cette banque a été d’avant-garde dans cette région de Fortaleza.

Le bénéfice généré par cette banque a permis de financer de nombreux autres projets. Aujourd’hui le principal projet est celui des femmes : le projet nommé «-Elles ». L’objectif de ce projet est l’amélioration de « l’empowerment » des femmes. Ce projet permet de  faire des prêts pour les femmes, les accompagne dans différents domaines comme par exemples l’organisation de sorties, des ateliers sur les violences domestiques, des formations de renforcement des capacités. Aujourd’hui à travers le projet « Elles », les femmes ont créé l’association « Les Femmes émancipées ». Grâce à cette association ces femmes peuvent partager leur expérience avec d’autres femmes.

Ce projet, qui est actuellement en cours de réalisation, dans le quartier de Conjunto Palmeira est un projet visionnaire car la culture machiste est encore très forte au Brésil principalement dans les quartiers périphériques où se situe ce programme même s’il n’est pas facile de changer cette culture. Malheureusement il y encore beaucoup de femmes qui ont une façon de « penser » machiste. C’est parfois difficile de changer cette façon de voir. A travers cette association, peu à peu, on veut montrer aux femmes qu’elles peuvent être indépendantes financièrement, être heureuses même si elles ne sont pas en couple.

L’association a une cuisine qui réunit des femmes presque toutes mères célibataires. Bien qu’il y ait aussi des femmes mariées, les femmes mères célibataires se sentent inférieures ou incapables, par le simple fait qu’elles sont mères célibataires.

C’est de cette façon que je travaille avec les femmes, et il faut bien comprendre que l’émancipation ce n’est pas quelque chose qui arrive tout d’un coup, car elles ont besoin de beaucoup d’aide sur le plan psychologique, émotionnel ou financier. C’est ainsi que nous tentons de les aider le mieux possible

Suite à la création de ce groupe « Les femmes émancipées » on s’est aperçu d’une part que nous aussi nous apprenons beaucoup de choses grâce à elles, et d’autre part que nous devons nous adapter à elles : par exemple les horaires doivent être ceux qui leur conviennent etc…  La plupart des femmes qui travaillent dans le projet de cuisine, sont des femmes célibataires avec enfants. Elles peuvent venir avec leurs enfants qui peuvent passer toute la journée avec elles. C’est vraiment quelque chose de différent, car quand elles n’ont personne pour s’occuper des enfants, elles ne parviennent pas à trouver un travail. Le fait de pouvoir venir travailler avec leurs enfants est quelque chose qui est une vraie différence dans ce projet des mères émancipées. C’est un exemple de la manière dont on travaille et dont on s’adapte à la vie de ces femmes.

Je crois que ce projet avec les femmes est un des plus importants et n’oublions pas qu’il est  issu de la création de cette banque qui elle-même a créé la monnaie sociale. La majorité des projets issus de la banque, concerne les femmes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *